Les français à l’étranger

FRANCAIS 2TRANGERINTERVENTION d’Elias MASBOUNGI prévue lors de la 2ème rencontre de convention « Les Français à l’étranger : un atout pour la France », Jeudi 3 avril 2014 au Ministère des Affaires étrangères, Secrétariat d’état des Français de l’étranger.

Voir le discours, le programme détaillé prévu (table ronde 1, grands témoins)

Bio elias Français étranger

« Mesdames, Messieurs,

Comme à chaque fois que l’on parle de la France et du Liban, j’aime à citer une phrase du plus libanais des Français : Charles de Gaulle qui disait en 1941 dans un discours prononcé à Beyrouth :

« Dans tout cœur de Français digne de ce nom, je puis dire que le seul nom du Liban fait remuer quelque chose de très particulier »…Comment ne pas évoquer ces mots aujourd’hui avant de traiter de  la présence française au Liban et, plus exactement, la présence des Français au Liban.

Une présence qui remonte, dit-on, au règne de Saint Louis et confirmée au fil de l’Histoire par une lettre adressée par François 1er au sultan « Soliman le Magnifique » pour lui demander attention et protection pour les sujets libanais de l’empire ottoman. Les croisades successives avaient marqué par ailleurs de leurs empreintes indélébiles le littoral et l’intérieur du pays. Et puis ce fut le mandat français sur le Levant (Liban et Syrie) qui, malgré les vicissitudes de l’époque a renforcé, après l’indépendance en 1943 les liens d’amitié entre les deux pays.

Et puisqu’il faut parler ici chiffres, statistiques et sondages, il serait intéressant de dire que sur une population française de 1.642.953 expatriés  inscrits fin 2013, les Français du Liban figurent à la 17e place avec 21.404 ressortissants. En comparaison avec la Syrie, également sous mandat français  jusqu’en 1946 et dont le territoire est bien plus vaste que le Liban, on constate que notre voisin figure à la 82e place avec 1.718 expatriés français seulement. Chiffre qui a bien entendu encore diminué au cours de ces trois dernières années, c’est à dire depuis le début du soulèvement, de la répression et de la guerre que l’on voit aujourd’hui.

Des descendants des Croisés nommés Jeanbart, Prince, De Blies, Georges ou Billard aux cadres d’aujourd’hui (les Régnier, Schneider,  Chartier et autres) en passant par les enfants et petits enfants de militaires des armées du Levant et ceux des fonctionnaires de l’administration mandataire (Merville, Darrieutort, Raffy, Bernard, Loir etc…) les Français du Liban ont bel et bien dépassé le stade de l’intégration pour se fondre le plus harmonieusement du monde dans la société libanaise. Les nouveaux arrivants français sont  donc vite absorbés par leur communauté établie au pays du cèdre.

Dans cet ensemble sans cesse renouvelé et enrichi, il convient de souligner la contribution des missions d’enseignement françaises, laïques et religieuses qui ont formé  des générations d’élites avant de faire leur vie au Liban qu’ils ont tant aimé et qui les a tout autant chéris. Ce qui a fait du Liban le pays francophone que l’on connaît. Avec une prééminence de la langue de Molière qui laisse des plumes du fait de la nécessité, notamment pour les jeunes, de maîtriser une deuxième langue étrangère. Signe des temps et exigence de la mondialisation. Entretemps, pour parler d’un domaine qui nous intéresse ici, le nombre de quotidiens libanais de langue française a baissé de trois à un seul (L’Orient Le Jour qui, comme son  nom l’indique, est le résultat d’une fusion  en 1982 entre ces deux titres).

Pour la presse périodique, 50 pour cent de baisse puisque « La Revue du Liban » a cessé de paraître depuis quelques années laissant son rival « Magazine »  seul dans la catégorie des hebdomadaires. On peut aussi parler du « Commerce du Levant », mensuel économique et financier repris par le groupe « L’Orient Le Jour ».

Cette érosion du lectorat français est aggravée par l’émigration de certaines élites depuis la guerre de 75-90 (toujours elle…) et aussi par le vieillissement de la génération de l’Indépendance dont la première langue était souvent le français, l’Arabe ayant été négligé par certaines écoles du fait de la difficulté de la grammaire et de la rareté des instituteurs à l’époque. Autant dire que la francophonie et ses médias ne se portent pas très bien au Liban…Mais cela ne signifie pas du tout que les Français du Liban se sentent moins bien… Ils restent dans leur élément et ne sont nullement dépaysés.

Dans les écoles, les entreprises, les professions libérales et tous les secteurs d’activité, les Français du Liban bénéficient d’un environnement social et juridique favorables non seulement par le fait francophone qui se maintient quand même mais aussi parce que  nos administrations publiques étant régies par des lois et réglementations inspirés par celles de la France. Tout comme d’ailleurs la Constitution libanaise élaborée à l’époque par des juristes acquis à l’école française.

Et puis, comment un Français peut-il être dépaysé lorsqu’il habite dans une ville comme Beyrouth où des centaines de rues portent les noms de Charles de Gaulle, Clémenceau, Marie Curie, Georges Picot,  Maurice Barrès,  Gouraud, Weygand ou Foch.

Comment se sentir étranger ou à l’étranger lorsque l’on skie sur des pistes baptisées (par les chasseurs alpins français) la Bergerie, le Pic de l’Aigle, le Dôme des Dames ou le Mont Blanc…

Et pour l’anecdote… le Liban est probablement le seul pays au monde où l’on prénomme une fille dès sa naissance : Jeanne (donc Jeanne d’Arc Khoury, ce nom étant l’équivalent libanais de Dupont ou de Durand…) Ou alors un nouveau né prénommé  Clémenceau ou Foch (deux frères jumeaux vivant actuellement à Byblos ville éminemment francophone et aussi… francophile).

Cet environnement libanais favorable aux expatriés français, les Libanais le retrouvent bien entendu dans l’hexagone. Nos compatriotes venus  en France pendant la guerre dite civile de 1975 à 1990 ou bien avant pour y poursuivre des études supérieures ne sont pas dans leur ensemble des immigrants  permanents. Il suffit de rappeler que dès que les armes se sont tues en 1990,  soixante quinze pour cent des Libanais qui avaient trouvé refuge en France sont rentrés au pays. Parmi ceux qui sont restés, des gens qui ont tant réussi qu’ils ont décidé de faire leur vie en France, des familles ayant des enfants nés et scolarisés en France et des couples franco-libanais. Mais il est courant et quelque peu étonnant un nombre impressionnant de jeunes qui  veulent repartir

 Une sorte de ré-expatriation ou de contre expatriation.

Et ce phénomène se manifeste même dans les familles libanaises les plus connues en France : les Ghosn (Gone en français) ou les Saadé qui figurent à la tête de fleurons de l’économie française. L’envie de rentrer au pays se retrouve aussi au niveau des grands noms de la finance, des médias et des professions médicales (Plus de 3.000 praticiens libanais sont recensés par la très active Association Médicale franco-libanaise (AMLF).

De l’autre côté de la Méditerranée, comment le Liban appréhende-t-il l’émigration vers la France et l’immigration des Français ? Tout simplement avec la sagesse et l’esprit d’ouverture des peuples de la mer. Avec une tolérance et une compréhension  développées au fil des siècles. Au Liban on  émigre, on part… depuis le début du siècle dernier, lorsque des localités de la montagne et du littoral ont connu la famine au lendemain de la première guerre mondiale.

On estime à 10 millions le nombre de Libanais et de descendants de Libanais à travers le monde, soit trois fois la population du pays. Et quand on sillonne le monde comme le font les Libanais depuis des siècles, on apprend à accueillir et à aimer l’étranger.

Un témoignage sur mon séjour d’un quart de siècle en France. » Une immersion dans le monde fascinant de la communication, un environnement hautement professionnel. Une conception du journalisme basée sur la rigueur, la précision et l’intégrité. Dans ce respect de la démocratie et des valeurs républicaines qui ne sont pas que des slogans.

Après avoir fait la « guerre au quotidien », dans les salles de rédaction libanaises, je croyais avoir tout appris et tout affronté. Mais ce n’était pas le cas puisque les risques, les défis et les dangers n’étaient pas de la même nature.

Pour terminer, je ne pourrai pas résister à l’envie de citer un autre Charles, le Président Charles Hélou, qui déclarait d’ailleurs au cours d’une visite officielle en France : « Plus on apprend des choses, plus on mesure l’ampleur de notre ignorance ».

Elias Masboungi,Paris le 4 avril 2014

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